Quelque chose de louche dans l’eau?

“L’augmentation de l’infertilité masculine et la baisse du nombre de spermatozoïdes humains pourraient être liés à des produits chimiques dans l’environnement connu sous le nom d’anti-androgènes”, explique The Independent. Le journal dit que ces types de produits chimiques “sont capables d’arrêter le fonctionnement de la testostérone” et pourraient affecter le développement des organes reproducteurs des hommes.

Ces résultats proviennent d’une étude qui a testé l’eau de 30 sites à proximité d’égouts et de 1 500 poissons. Les poissons mâles qui ont été exposés aux niveaux les plus élevés de produits chimiques anti-androgènes étaient les plus susceptibles de montrer des traits féminins, comme avoir des ovules dans leurs testicules. La source de ces produits chimiques n’est pas claire, mais il pourrait s’agir de pesticides, de la pollution industrielle ou de médicaments entrant dans le système d’eau.

Cette étude est particulièrement préoccupante pour les écologistes, car elle se concentre sur les effets de ces produits chimiques sur les poissons. Malgré ce qui a été rapporté dans certains journaux, il n’est pas encore clair quelles sont les implications de ces résultats pour la santé humaine. Des recherches supplémentaires seront nécessaires pour identifier la source de ces produits chimiques et établir des niveaux d’exposition sûrs pour les animaux et les humains.

D’où vient l’histoire?

Cette recherche a été menée par le Dr Susan Jobling et ses collègues de l’Université Brunel et d’autres centres de recherche au Royaume-Uni.

L’étude a été financée par Beyond The Basics Ltd, l’agence britannique pour l’environnement et le Natural Environment Research Council. Il a été publié dans Environmental Health Perspectives, une revue à comité de lecture.

Quel genre d’étude scientifique était-ce?

Il s’agissait d’une enquête transversale portant sur la relation entre les niveaux de différents produits chimiques dans les rivières britanniques et les niveaux de «féminisation» des poissons mâles dans ces rivières. La féminisation est l’appropriation des caractéristiques féminines.

On pense que la féminisation des poissons mâles dans les rivières britanniques est liée à l’œstrogène, une hormone féminine, et aux produits chimiques apparentés dans l’eau, qui proviennent de l’excrétion humaine et animale. Cependant, on ne sait pas si les anti-androgènes (substances chimiques qui interfèrent avec les hormones mâles) ont également un effet.

Anti-androgènes ont été trouvés pour causer des problèmes avec le développement testiculaire et la fonction chez les rongeurs, et ces problèmes ressemblent à une condition connue sous le nom de syndrome de dysgénésie testiculaire chez les humains. Cependant, la preuve que les mêmes produits chimiques causent à la fois des problèmes endocriniens (hormonaux) humains et fauniques et des problèmes reproductifs subséquents est faible.

En 2007, l’Agence pour l’environnement a réalisé une étude transversale des substances chimiques présentes dans les effluents de 30 stations d’épuration des eaux usées au Royaume-Uni. L’agence a mesuré les niveaux de produits chimiques spécifiques liés aux œstrogènes à chaque site.

Mais les chercheurs ont également mesuré les effets œstrogéniques totaux (œstrogènes), œstrogéno-bloquants (anti-œstrogéniques), androgéniques (analogues aux hormones mâles) et anti-androgènes de l’effluent. Cela a été fait en observant l’effet que les échantillons d’eau avaient sur les levures dans le laboratoire. Ces tests n’identifient pas les produits chimiques à l’origine des effets mais montrent seulement que les effets se produisent.

Les chercheurs ont également prélevé 1 083 poissons (gardons) des rivières en aval de l’endroit où les effluents se sont vidés (12 à 71 poissons de chaque site). Ils ont cherché à voir si les poissons mâles avaient des caractéristiques féminines, comme avoir des ovules dans leurs testicules (féminisation) et estimé combien d’exposition le poisson avait aux produits chimiques à chaque site. L’exposition a été calculée en fonction de la concentration des divers produits chimiques dans l’effluent et de la quantité d’effluent qui serait diluée dans la rivière.

Les chercheurs ont ensuite utilisé la modélisation statistique pour examiner la relation entre les niveaux de féminisation et chaque groupe de produits chimiques, à la fois seuls et combinés.

Quels ont été les résultats de l’étude?

Les chercheurs ont trouvé une activité semblable à l’œstrogène dans les 30 sites d’effluents, et une activité anti-androgénique dans 20 d’entre eux. Les niveaux d’activité œstrogénique et anti-androgénique varient d’un site à l’autre.

Les modèles statistiques ont suggéré que le niveau de féminisation des poissons mâles pourrait s’expliquer au mieux par des modèles prenant en compte les niveaux d’anti-androgènes et d’œstrogènes dans l’eau, ou uniquement les niveaux d’anti-androgènes.

Quelles interprétations les chercheurs ont-ils tirées de ces résultats?

Les auteurs ont conclu que leurs résultats fournissaient des preuves solides que la féminisation du poisson dans les rivières du Royaume-Uni est liée à la fois aux anti-androgènes et aux œstrogènes. Ils disent que l’identité de ces anti-androgènes n’est pas encore connue.

Les auteurs concluent également que ces preuves pourraient étayer la théorie selon laquelle la perturbation hormonale chez les humains et les poissons peut être causée par des produits chimiques similaires.

Que fait le NHS Knowledge Service de cette étude?

Cette étude à elle seule fournit des preuves d’une association entre l’exposition estimée aux anti-androgènes et aux œstrogènes et la féminisation des poissons mâles, mais ne prouve pas que la relation soit causale. Cependant, les auteurs déclarent que la possibilité qu’il soit causal est soutenue par des études en laboratoire montrant que les anti-androgènes et les oestrogènes peuvent avoir un effet sur la féminisation des poissons.

Les résultats de cette étude sont une préoccupation pour les écologistes, mais on ne sait pas encore quelles sont les implications pour la santé humaine. Des recherches supplémentaires seront nécessaires pour identifier les produits chimiques anti-androgènes dans les effluents d’eaux usées et déterminer les effets possibles qu’ils pourraient avoir sur les animaux et les personnes.